Lundi 31 juillet 2006
À bas préjugés et idées reçues !Je comprends tout (ou presque) ce qui circule : notre société, nous, ne sommes pas au clair avec le poids, les kilos, les formes, les régimes … Alors reprenons ensemble quelques idées reçues :
« Tu essaies de (te) convaincre que les rondes sont belles parce que tu n’arrives pas à maigrir » : Faux !
Pourquoi, d’abord, chercherais-je absolument à maigrir ? Suis-je condamnée à être malheureuse tant que je n’aurai pas perdu 10kg ?
Il me semble bien dangereux de tout miser sur le poids … D’autant plus que les kilos ne font pas tout, et que c’est une silhouette que l’on voit au premier abord, pas un poids sur une balance.
Si j’ai envie de montrer de jolies rondes, c’est d’abord parce que je les trouve jolies, pardi ! Pas besoin de m’en convaincre.
C’est aussi, ça c’est vrai, pour m’aider à accepter mes rondeurs. Mais en aucun cas pour prouver que les rondes sont mieux que les minces. Ce serait stupide, et voué à l’échec d’ailleurs, parce que ronde ou mince, ce n’est pas ça qui fait de nous quelqu’un de beau. Et puis comme on n’arrête pas de nous seriner qu’ « il faut maigrir », j’ai envie de montrer que non, pas forcément. En tout cas pas pour être plus belle.
« Ceux qui sont gros, c’est par manque de volonté et parce qu’ils ne se surveillent pas » : Faux !
Il y a toutes sortes de raisons qui font que l’on est gros (ou ronde, ou maigre d’ailleurs).
Pour ce qui est du surpoids, il faut savoir que certains sont programmés pour être ronds. Ce n’est pas forcément parce qu’ils se goinfrent à longueur de journée. Un peu de respect et de compréhension pour ces personnes (comme pour chacun) ne ferait pas de mal … au contraire.
Il y a ceux, aussi, qui ont grossi. Bien sûr, il pourraient peut-être maigrir s’ils ne mangeaient qu’à leur faim (et pas forcément des légumes et du poisson bouilli). Mais je rappelle l’existence des « troubles du comportement alimentaire » (TCA), et du fait qu’il n’est pas là question de volonté, mais de ressorts psychologiques que l’on ne saurait juger ni régler par un « suffit de faire attention et de pas te resservir ».
Notons, au passage, que « se surveiller, faire attention », sont des conduites qui relèvent de la restriction cognitive1. La restriction cognitive en question est hautement toxique, et n’est que renforcée par les régimes de tous bords. C’est aussi elle qui amène à se jeter plus tard sur ce qu’on s’était interdit de manger (ou de ne « pas trop manger »).
Quant à la question des maladies (telles que le diabète, trop de cholestérol …) nécessitant un régime particulier, on constatera d’une part que cela ne concerne pas tout le monde, et d’autre part que les personnes concernées ne sont pas amenées à effectuer un régime amaigrissant, mais à adopter un régime alimentaire plus précautionneux. Ce n’est pas la gloire des régimes amaigrissants pour autant. Et ceux qui souffrent de telles maladies ne sont pas toujours des goinfres, ne confondons pas tout.
« Faire un petit régime, ça ne peut pas faire de mal voyons ! » : Faux !
Le régime, qu’il soit « petit » ou « équilibré », que sais-je encore, n’est jamais anodin ! La plupart du temps, il est entamé sans aucune raison médicale (et quand bien même, la pression des médecins est souvent exagérée), mais parce qu’on déclare qu’on a « des kilos en trop ».
Là encore, il s’agirait de savoir ce qui nous fait dire ça. Pointer le bout de gras des fesses en guise de justification est irrecevable. Il ne s’agit que rarement de kilos « en trop », mais bien de kilos « normaux ». Demandez à ma copine qui a tellement maigri qu’elle n’a plus de fesses et se fait mal quand elle s’assoit ! Après, on peut avoir plus ou moins de gras aux fesses, au ventre, aux cuisses, etc. Inutile de comparer avec votre copine, chacune sa morphologie.
Quand bien même le médecin vous dirait « il faut maigrir ! », je serais vous, je me méfierais. Il est médecin ? Oui, et alors ! Il sait de quoi il parle ? Qu’en savez-vous ! Les médecins font autant partie de la société que leurs patients, il n’y a pas de raison qu’ils échappent au discours sur l’indispensable minceur !
Et puis regardez le médecin qui vous dit qu’ « il faut maigrir » : a-t-il vraiment des mensurations de rêve, la taille mannequin ? Même quand c’est le cas, qui vous dit qu’il est en bonne santé, qu’il ne passe pas son temps à se restreindre comme il aimerait que vous le fassiez ? Soyons raisonnables … et critiques !
On commence par un petit régime pour perdre 3kg. On reprend 5kg. Et à ce rythme là, dix ans plus tard, on est dépressif, dégoûté, et on pèse (facilement) 20kg de plus. Ou alors on se bat continuellement pour « ne pas craquer » et résister à tout ce qui nous fait envie. Super !
J’ajouterai, pour ce qui est des raisons médicales poussant à maigrir, ce que dit en substance le Dr Gérard Apfeldorfer2 : Il n’est pas certain que maigrir améliore notre état de santé. Et il est bien plus dangereux de faire le yoyo que de rester stable à un poids élevé. Voilà qui donne à réfléchir.
« Les rondes ont forcément une grosse poitrine » : Faux !
Je vous l’accorde, les mannequins « grande taille » que je vous présente ne sont pas choisies seulement pour leur taille de pantalon dépassant le 40 et leur joli minois. Pour être mannequin grande taille, il faut aussi en avoir dans le bonnet.
Soit, après tout ce sont des mannequins. N’empêche que je voudrais rectifier l’idée qui veut que « les rondes peuvent se consoler : elles ont peut-être de grosses fesses, mais elles ont aussi de gros seins ». Eh bien non, moi j’ai peut-être de grosses fesses, mais les seins sont assurément petits ! Et quand je dis petits … c’est petit ! (du reste, je ne m'en plains pas).
Bon, on pourrait en parler longtemps … Reste que la ronde n’est pas forcément poitrinaire ! De même que la ronde n’a pas forcément le fessier très adipeux et les jambes flasques. Etre ronde, c’est sans doute avoir des formes, mais pas forcément partout – d’où la tendance à qualifier Laetitia Casta de ronde).
Sans oublier qu'avoir une grosse (ou une petite) poitrine n'est pas toujours bien vécu par les principales intéressées, alors on se garderait bien des lieux communs se voulant rassurants !
Je m’arrêterai là pour les idées reçues. Si vous avez des questions, si vous aimeriez que je parle d’un point particulier, n’hésitez pas à m’en faire part !
Et terminons par un coup de gueule !
Le magazine Elle de cette semaine. Ou plutôt, soyons précise, l’article « On s’aime en ronde ! Etre sexy avec ses kilos » :
Les « un peu rondes », comme Elle dit, n’ont pas toujours seulement 3kg de « trop » (et par rapport à quoi, d’ailleurs ?). La rondeur semble même difficile à définir ! Certaines se disent rondes en pointant les 2mm de peau qui sortent des leur 36/38 … Tandis que d’autres au généreux 56 se réclament également de la rondeur. Soit dit en passant, et si l’on s’en réfère à la forme géométrique, qui des deux sus-citées y ressemble le plus ? Bon.
À la limite, il semblerait qu’être ronde soit surtout une façon de se définir en opposition aux minces. Mais là encore, être mince semble se définir différemment d’une personne à l’autre. Pour certaines, avec mon 42/44 (plutôt 44) je suis une grosse (parce qu’être grosse, pour elles, c’est à partir du 38/40), tandis que d’autres me contestent l’appellation de « ronde » et me classent parmi les « normales », voire « minces » (mais n’exagérons rien).
Après, faut voir aussi dans quel milieu on se retrouve. D’accord, si je vais sur un site spécialisé pour les rondes, et que je lis pas mal de « moi je fais un 56 et j’arrive pas à me laver les pieds », je vais me sentir plutôt mince finalement, et heureuse de mon sort (j’arrive à me laver les pieds).
Maintenant, mettez-moi dans l’école que je fréquente actuellement, dans une classe « mannequin » … Où seules deux filles sont plus volumineuses que moi … Où beaucoup se plaignent de fermer difficilement leur 36, et où les mini-jupes très bien portées poussent aussi facilement que les pâquerettes … Je me sens nettement moins « normale ». Tout est question de milieu. Et de discours tenu.
Qu’en pense mon copain dans l’histoire ?
« Et moi, je suis ronde ou mince, ou quoi ? »
« Toi, t’es Odile ! »
Photo : Natacha, vue dans l’émission « J’ai décidé de maigrir » (revu et corrigé par « j’ai décidé de m’aigrir » par Gérard Apfeldorfer dans l’une de ses chroniques).
1 Sur la restriction cognitive, et sur bien d'autres choses : www.gros.org
2 Dr Gérard Apfeldorfer, médecin psychiatre et co-fondateur du G.R.O.S (Groupe de Réflexion sur l'Obésité et le Surpoids). À lire : "Maigrir, c'est dans la tête" aux éditions Odile Jacob. Et "Maigrir sans régime" de son confrère Jean-Philippe Zermati

