Hétérogénéité des histoires érotiques
Ce soir, il ne sera pas question de mes exaspérations en matière de régimes, de conseils pour maigrir tant et plus, perdre son bourrelet de 3cm sur les hanches, ou d'autres mesures aussi débiles que dangereuses à la longue, et qui me hérissent le poil ...
Ce soir, je vais changer, juste le temps d'une soirée, et de trois bouquins ... J'en cherchais un quatrième, mais je ne le retrouve plus ... Je sais qu'il n'est pas perdu, simplement égaré parmi les piles de livres sur les étagères ou dans les placards ... Et puis cela tombe bien, ce dernier livre introuvable n'est pas dans la même lignée que ceux dont je vais vous parler à présent.
De mémoire, le livre que je passerai sous silence s'intitulait Tout pour l'amour, ou quelque chose comme ça. Ce devait être un recueil d'histoires érotiques chinoises. À l'époque, je devais avoir 17 ans, ou peut-être 18, et je flânais à la Fnac des Halles, éblouie par tous ces livres ... Je cherchais un livre qui m'introduirait subtilement à la littérature érotique, histoire de voir.
Et c'est ainsi que ce livre, en bonne place sur les étagères, avait retenu mon attention. La quatrième de couverture m'avait plu ... Le contenu, je l'avais réservé pour la maison. Tranquillement installée, sans risque d'être dérangée, j'avais découvert avec une grande curiosité de quelle façon l'on pouvait accommoder les mots pour en faire des délices pour l'imagination ...
Car en effet, quoi de mieux que les images conçues à partir des mots ; les formes, visages et couleurs qui se dessinent au fur et à mesure de la lecture dans notre esprit, pour se muer tout aussi progressivement, parfois subitement (à la faveur d'une expression, d'un mot, d'une image) en sensations ...
Quelques années plus tard, l'an dernier en fait, l'envie m'a ressaisie d'en lire un peu plus ... Alors je me suis renseignée, afin de trouver de la "valeur sûre", des écrits reconnus, considérés comme représentatifs d'une littérature érotique de qualité. Des écrits, aussi, qui conviendraient à ma sensibilité. Qui raviraient, également, mes désirs, mes envies de lire quelques fantasmes, d'en imaginer d'autres, d'envisager des situations, tout ceci dans le flottement à la fois doux et pressant d'une atmosphère sensuelle ou électrique ...
J'avais crû comprendre, à travers diverses critiques, que La mécanique des femmes de Louis Calaferte était un vrai bijou, un livre essentiel, vrai et profond ... Je me l'étais donc procuré. Après lecture très saccadée (et pour cause), je peux dire que j'ai été assez déçue ...
Disons que cela ne correspond peut-être pas à ma sensibilité. Autant je peux dire et m'imaginer pas mal de choses ... autant les mots peuvent rapidement m'écoeurer. Je ne sais pas trop comment dire, mais les courtes histoires de ce livre m'ont parues trop directes, trop brusques, trop sèches, trop crues, peut-être ... Pourtant, j'ai aimé d'autres crudités ;-) Mais celle-ci manquait peut-être trop de sensibilité.
Et puis, aussi, il y avait toujours la mort qui menaçait ... Le spectre de la mort, la peur derrière les mots, derrière le sexe, comme un rempart, une façon de s'en protéger, de se prouver qu'en baisant, on est vivant ... À y réfléchir maintenant, ce rapport mort/sexualité m'intéresse beaucoup ... mais d'un point de vue intellectuel. Pour le plaisir des sens, pour le délice des scénarios, il faudra repasser ! C'était du brut, trop brute ! (or il n'y a que le cidre que j'aime très brut :-p) Ah oui, j'ai trouvé ça trop hors-sujet, trop fétichiste peut-être, par moments ... Tout une histoire est faite autour des sous-vêtements, de la façon dont chacun est habillé. Cela arrive sans prévenir, des fois il n'y a que ça. Je n'aime pas trop, cela manquait d'éléments évocateurs pour moi, je crois ...
J'ai lu ensuite, et en parallèle, d'ailleurs, Des désirs et des hommes de Françoise Simpère. Il ne fait aucun doute que c'est un grand classique du genre. Là, j'ai bien mieux accroché. D'abord, il y a de vraies histoires. Avec un début, un développement, une fin : je préfère.
Le tout est plus construit, bien mieux écrit (sans conteste), plus riche en détails, mais aussi très efficace, sachant habilement quand jouer sur les détails, faire durer le suspence, et quand devenir franchement cru, si ce n'est vulgaire ;-) Et puis chaque histoire est différente. Des moments de sexe pur, de gestes exquis, mêlés à une infinie tendresse, c'est ce qui a dû me plaire.
Il m'est arrivé plusieurs fois de parcourir quelques lignes d'une histoire, et de changer : je n'avais pas envie de telle histoire à tel moment ... C'est pratique de savoir qu'on n'aura pas la copie conforme quelques pages plus loin.
Je crois qu'il me reste une ou deux histoires encore non lues. Il me faudra reparcourir le livre dans sa totalité, relire chaque début d'histoire, réactiver certains mots, certaines situations, pour trouver les histoires non lues ... Je garde cet instant précieusement. Quand l'envie me viendra, tout simplement :-)
Et enfin, dans un genre bien spécial, presque à part ...
Les onze mille verges, roman longtemps anonyme mais dont on sait maintenant qu'il fut écrit par Guillaume Apollinaire ... Moi qui adore le poème Mai d'Apollinaire, ma curiosité fut vivement piquée lorsque j'entendis à la radio, il y a quelques mois, qu'il était également l'auteur d'une nouvelle érotique.
Malgré les précautions recommandées aux lecteurs potentiels, le contenu étant qualifié d'assez dur (enfin, hard - je crois que c'est dans ce sens qu'il fallait l'entendre, maintenant que j'ai pu me faire mon idée), je ne pus résister à l'envie de le découvrir par moi-même ... C'est ainsi que j'ai commandé et reçu, l'été dernier, la fameuse nouvelle érotique du poète ...
Comme pour Louis Calaferte (et Françoise Simpère, mais pour des raisons différentes), il m'a été impossible de tout lire d'un coup. Déjà que peu de mots me suffisent, et que je consomme ces pages avec modération (parce que le plaisir, une fois qu'il a culminé, s'émousse très vite, et fait place à l'écoeurement puis au dégoût, si l'on n'y prend garde ...), avec Apollinaire il faut avoir le coeur solide. Il faut dire que le rigolo n'a pas lésiné !
On retrouve dans ces pages coquines une énorme exagération. À tel point que ce n'est plus émoustillant, mais franchement écoeurant. Je crois d'ailleurs que le propos d'Apollinaire n'était pas d'exciter mais de provoquer, de choquer, tout en s'en donnant à coeur joie. On plonge dans le grotesque et l'excès, et ce dès les premières lignes. C'est à croire que Sir Guillaume a souhaité répertorier tout ce qu'il connaissait en matière de sexe. Toutes les pratiques, toutes les déviances, tous les vices, tous les plaisirs ... Tout y passe ! Zoophilie, nécrophilie, inceste, scatophilie, sodomie, onanisme, canibalisme érotisé, partouzes, etc etc ... Tous les mots, aussi, pour nommer le sexe de l'homme, de la femme, les rapports sexuels (qui sont plus souvent bestiaux, impulsifs, que tendres) ... Bref, je ne m'étendrai pas plus.
Je souhaite tout de même aller jusqu'au bout de cette nouvelle, mais j'en consomme avec modération, et par petits bouts, parce que même en le prenant au 6e degré, cela reste assez indigeste à mon goût ... Pour les curieux, une version gratuite est disponible sur internet (c'est long, mais cela peut donner une idée pour ceux qui n'en souhaitent pas plus ;-)) ici : http://fr.wikisource.org/wiki/
Les_Onze_Mille_Verges_ou_les_Amours_d%27un_Hospodar
Ce soir, je vais changer, juste le temps d'une soirée, et de trois bouquins ... J'en cherchais un quatrième, mais je ne le retrouve plus ... Je sais qu'il n'est pas perdu, simplement égaré parmi les piles de livres sur les étagères ou dans les placards ... Et puis cela tombe bien, ce dernier livre introuvable n'est pas dans la même lignée que ceux dont je vais vous parler à présent.
De mémoire, le livre que je passerai sous silence s'intitulait Tout pour l'amour, ou quelque chose comme ça. Ce devait être un recueil d'histoires érotiques chinoises. À l'époque, je devais avoir 17 ans, ou peut-être 18, et je flânais à la Fnac des Halles, éblouie par tous ces livres ... Je cherchais un livre qui m'introduirait subtilement à la littérature érotique, histoire de voir.
Et c'est ainsi que ce livre, en bonne place sur les étagères, avait retenu mon attention. La quatrième de couverture m'avait plu ... Le contenu, je l'avais réservé pour la maison. Tranquillement installée, sans risque d'être dérangée, j'avais découvert avec une grande curiosité de quelle façon l'on pouvait accommoder les mots pour en faire des délices pour l'imagination ...
Car en effet, quoi de mieux que les images conçues à partir des mots ; les formes, visages et couleurs qui se dessinent au fur et à mesure de la lecture dans notre esprit, pour se muer tout aussi progressivement, parfois subitement (à la faveur d'une expression, d'un mot, d'une image) en sensations ...
Quelques années plus tard, l'an dernier en fait, l'envie m'a ressaisie d'en lire un peu plus ... Alors je me suis renseignée, afin de trouver de la "valeur sûre", des écrits reconnus, considérés comme représentatifs d'une littérature érotique de qualité. Des écrits, aussi, qui conviendraient à ma sensibilité. Qui raviraient, également, mes désirs, mes envies de lire quelques fantasmes, d'en imaginer d'autres, d'envisager des situations, tout ceci dans le flottement à la fois doux et pressant d'une atmosphère sensuelle ou électrique ...
J'avais crû comprendre, à travers diverses critiques, que La mécanique des femmes de Louis Calaferte était un vrai bijou, un livre essentiel, vrai et profond ... Je me l'étais donc procuré. Après lecture très saccadée (et pour cause), je peux dire que j'ai été assez déçue ... Disons que cela ne correspond peut-être pas à ma sensibilité. Autant je peux dire et m'imaginer pas mal de choses ... autant les mots peuvent rapidement m'écoeurer. Je ne sais pas trop comment dire, mais les courtes histoires de ce livre m'ont parues trop directes, trop brusques, trop sèches, trop crues, peut-être ... Pourtant, j'ai aimé d'autres crudités ;-) Mais celle-ci manquait peut-être trop de sensibilité.
Et puis, aussi, il y avait toujours la mort qui menaçait ... Le spectre de la mort, la peur derrière les mots, derrière le sexe, comme un rempart, une façon de s'en protéger, de se prouver qu'en baisant, on est vivant ... À y réfléchir maintenant, ce rapport mort/sexualité m'intéresse beaucoup ... mais d'un point de vue intellectuel. Pour le plaisir des sens, pour le délice des scénarios, il faudra repasser ! C'était du brut, trop brute ! (or il n'y a que le cidre que j'aime très brut :-p) Ah oui, j'ai trouvé ça trop hors-sujet, trop fétichiste peut-être, par moments ... Tout une histoire est faite autour des sous-vêtements, de la façon dont chacun est habillé. Cela arrive sans prévenir, des fois il n'y a que ça. Je n'aime pas trop, cela manquait d'éléments évocateurs pour moi, je crois ...
J'ai lu ensuite, et en parallèle, d'ailleurs, Des désirs et des hommes de Françoise Simpère. Il ne fait aucun doute que c'est un grand classique du genre. Là, j'ai bien mieux accroché. D'abord, il y a de vraies histoires. Avec un début, un développement, une fin : je préfère. Le tout est plus construit, bien mieux écrit (sans conteste), plus riche en détails, mais aussi très efficace, sachant habilement quand jouer sur les détails, faire durer le suspence, et quand devenir franchement cru, si ce n'est vulgaire ;-) Et puis chaque histoire est différente. Des moments de sexe pur, de gestes exquis, mêlés à une infinie tendresse, c'est ce qui a dû me plaire.
Il m'est arrivé plusieurs fois de parcourir quelques lignes d'une histoire, et de changer : je n'avais pas envie de telle histoire à tel moment ... C'est pratique de savoir qu'on n'aura pas la copie conforme quelques pages plus loin.
Je crois qu'il me reste une ou deux histoires encore non lues. Il me faudra reparcourir le livre dans sa totalité, relire chaque début d'histoire, réactiver certains mots, certaines situations, pour trouver les histoires non lues ... Je garde cet instant précieusement. Quand l'envie me viendra, tout simplement :-)
Et enfin, dans un genre bien spécial, presque à part ...Les onze mille verges, roman longtemps anonyme mais dont on sait maintenant qu'il fut écrit par Guillaume Apollinaire ... Moi qui adore le poème Mai d'Apollinaire, ma curiosité fut vivement piquée lorsque j'entendis à la radio, il y a quelques mois, qu'il était également l'auteur d'une nouvelle érotique.
Malgré les précautions recommandées aux lecteurs potentiels, le contenu étant qualifié d'assez dur (enfin, hard - je crois que c'est dans ce sens qu'il fallait l'entendre, maintenant que j'ai pu me faire mon idée), je ne pus résister à l'envie de le découvrir par moi-même ... C'est ainsi que j'ai commandé et reçu, l'été dernier, la fameuse nouvelle érotique du poète ...
Comme pour Louis Calaferte (et Françoise Simpère, mais pour des raisons différentes), il m'a été impossible de tout lire d'un coup. Déjà que peu de mots me suffisent, et que je consomme ces pages avec modération (parce que le plaisir, une fois qu'il a culminé, s'émousse très vite, et fait place à l'écoeurement puis au dégoût, si l'on n'y prend garde ...), avec Apollinaire il faut avoir le coeur solide. Il faut dire que le rigolo n'a pas lésiné !
On retrouve dans ces pages coquines une énorme exagération. À tel point que ce n'est plus émoustillant, mais franchement écoeurant. Je crois d'ailleurs que le propos d'Apollinaire n'était pas d'exciter mais de provoquer, de choquer, tout en s'en donnant à coeur joie. On plonge dans le grotesque et l'excès, et ce dès les premières lignes. C'est à croire que Sir Guillaume a souhaité répertorier tout ce qu'il connaissait en matière de sexe. Toutes les pratiques, toutes les déviances, tous les vices, tous les plaisirs ... Tout y passe ! Zoophilie, nécrophilie, inceste, scatophilie, sodomie, onanisme, canibalisme érotisé, partouzes, etc etc ... Tous les mots, aussi, pour nommer le sexe de l'homme, de la femme, les rapports sexuels (qui sont plus souvent bestiaux, impulsifs, que tendres) ... Bref, je ne m'étendrai pas plus.
Je souhaite tout de même aller jusqu'au bout de cette nouvelle, mais j'en consomme avec modération, et par petits bouts, parce que même en le prenant au 6e degré, cela reste assez indigeste à mon goût ... Pour les curieux, une version gratuite est disponible sur internet (c'est long, mais cela peut donner une idée pour ceux qui n'en souhaitent pas plus ;-)) ici : http://fr.wikisource.org/wiki/
Les_Onze_Mille_Verges_ou_les_Amours_d%27un_Hospodar
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